PREMIERE PARTIE

LES ASPECTS DIRECTEMENT BAROQUES DE FABLE DE VENISE
Hugo Pratt, comme le laisse supposer l'introduction, est un homme qui a pleinement
vécu le XXème siècle. Or le mouvement et la pensée
baroque se sont développés entre la fin du XVIème et le
début du XVIIème siècle. Dans ce cas, est-il possible de
qualifier l'oeuvre de Hugo Pratt de baroque?
Nous verrons que de forts éléments baroques traversent son oeuvre,
mais du fait de sa formation pluriculturelle, ils ne constituent pas le seul
courant dominant de sa création.
I- Présentation du contexte de formation du courant baroque
Le courant baroque s'est construit à une époque précise
comme une réponse à un contexte déterminé. Ce contexte
est celui de la sortie d'une période de violence religieuse, d'instabilité
et d'inquiétude (période de la grande révolution anglaise
et de nombreuses révoltes paysannes).
Le style baroque correspond aux tendances profondes des sociétés où il se manifeste. Il rejoint des courants idéologiques, philosophiques ou religieux, se rattache à des correspondances historiques particulières. La pensée baroque a été la réponse à un monde en perte de sens, dans lequel au nom d'une vérité religieuse toutes les violences fûrent légitimées. Cette époque marquée par l' absence de repères idéologiques se traduit chez les penseurs par l'urgence de concevoir un moyen de faire cesser les violences. Cette démarche n'est pas seulement caractéristique de la période baroque, mais elle inclut également par de nombreux aspects le monde d'aujourd'hui. En effet au XXème siècle au nom d'une idéologie quasi-religieuse, Lénine, Staline, Hitler, Mao, Pol-Pot, Enver Hodja, Kim-Il-Sung... se rendirent responsables de l'instauration de régimes les plus aberrants. De nos jours comme pour l'homme de la fin du XVIème siècle, la vérité est devenue quelque chose de très relatif. Cette dernière est devenue multiple et cette multiplicité l'a rendue inexistante. Les points de vue sont nombreux et la vérité unique n'existe pas.
Nombreux sont ceux qui prennent leur parti de vivre dans un monde dont la vérité est absente.
La position des penseurs baroques se résume dans la phrase de Galilée:
"Le monde
est écrit en langue mathématique et ses caractéristiques
sont le triangle, le cercle et les autres figures géométriques
sans lesquelles il serait impossible à comprendre un seul mot. Sans eux
tout savoir serait vain et se
perdrait dans un labyrinthe obscur." (" L'expérimentateur"
de Galilée, 1623).
Pour les penseurs baroques, le chemin de la vérité demeure incertain.
La connaissance du paraître est la seule possible, car celle de l'être
ne l'est jamais. La solution apportée par les philosophes baroques à
ce problème est de vivre dans le paraître avec les lois du paraître.
De ce point de vue, il existe de nombreuses correspondances entre notre époque
consumériste à outrance et celle de Galilée, Gracian, Corneille
ou Shakespeare.
Il parait évident que c'est dans la lecture de ces auteurs que réside l'origine de l'inspiration du grand nombre d'éléments baroques qui traversent l'oeuvre de Hugo Pratt.
II- Le labyrinthe obscur de Galilée symbolisé dans la couverture de "Fable de Venise":
A- Le titre:
Le vrai titre, dans l'esprit de Hugo Pratt est, "Sirat AI Bunduqiyyah".
"Bunduqi" en arabe signifie Venise, mais également "violence",
car pour Hugo Pratt, Venise était violente. Il considère cette
bande dessinée comme le témoignage de son amour pour sa ville,
qui tient en fait le rôle principal.
"Fable de Venise " est, parmi les ouvrages de Hugo Pratt, le
plus symptomatique de cette influence baroque. Dès la couverture apparaissent
deux éléments baroques qui seront omniprésents dans le
récit: la lune et la ville de Venise.
B- La lune comme élément puissament baroque
La lune est un symbole extrêmement présent dans l'ensemble de l'oeuvre
de Pratt. Cette fable se déroule sous le signe de la lune, celle-ci apparaît
pas moins de 63 fois tout au long de la bande dessinée. La lune symbolise
donc parfaitement la nuit, l'obscurité, le flou où plus rien n'est
établit, donc le labyrinthe obscur du monde.
Hugo Pratt confia à Dominique Petitfaux à ce sujet "je suis plutôt lunaire que solaire. J'ai une nature lunatique, saturnienne. je préfère les climats froids aux climats chauds, le crépuscule au lever du soleil, j'aime le silence de la nuit. La lune a quelque chose de mystérieux, de magique, alors que le soleil a un aspect religieux : le soleil, c'est une affaire d'adoration. Et la lune triche, elle ne repasse jamais au même endroit: on ne peut pas retrouver un trésor de pirates en se guidant d'après la lune ! Pour un vénitien, la lune est toujours importante: la nuit il n'y a pas beaucoup de lumière, et sous la lune, Venise est spectrale."
C-Venise comme symbole du labyrinthe:
Cet extrait est un lien idéal pour passer du premier élément
baroque, à savoir la lune, au second qui est Venise, cité baroque
s'il en est. Le mot de labyrinthe prend son vrai sens dans cette ville maritime,
qui symbolise parfaitement un monde labyrinthique en perte de sens. Et son aspect
baroque est décrit par Tapié selon les termes suivants: "Il
y a peu d'endroits au monde où sa conception large (celle du mot baroque
) s'applique mieux qu'à l'ensemble de ce décor prestigieux, sans
tenir compte de la chronologie. Le chatoiement des eaux sur la lagune et les
canaux, les couleurs changeantes et limpides du ciel et la richesse des monuments,
avec la variété de leurs styles, renouvellent perpétuellement
un effet de somptueux mirage."( V.L. Tapié- "Le baroque"-QSJ
n 924-PUF). Venise est baroque, lorsqu'elle est prise dans son ensemble, ce
qui correspond encore à un précepte baroque celui de l'indivisibilité.
Venise est eri fait la métaphore du monde labyrinthique des penseurs
baroques.
Ces deux éléments prépondérants aux fortes caractéristiques
baroques, plantent le cadre de la fable et en régnant de façon
permanente sur l'histoire renforce l'aspect baroque de celle-ci.
III- Les procédés métaphoriques des penseurs baroques:
La pensée baroque s'est développée autour de l'idée
que pour pouvoir s'orienter dans ce labyrinthe, il faut un intermédiaire
pour découvrir le réel, et cet intermédiaire est la métaphore.
La méthode essentielle des baroques pour comprendre le monde consiste
à être encore plus familier avec les symboles, à les élucider
en les vivant. Le mode baroque d'accession à la connaissance débouche
sur une période d'intense développement des images et de l'imaginaire,
ainsi qu'à une glorification du paraître..
Toute l'époque baroque a tourné autour des deux métaphores
suivantes: " La vie est un songe" tiré de Calderon,
et "le monde est un théatre" issue de Shakespeare.
"Fable de Venise " vogue d'une métaphore à l'autre, soixante pages durant.
A- LA VIE EST UN SONGE (CALDERON)
Même s'il est possible de repérer quelques traits relatifs au romantisme
chez Hugo Pratt, certaines de ses oeuvres se rapprochent plus de "L'illusion
comique" de Corneille, ou de" La vie est un songe"
de Calderon, que des pièces romantiques.
Dès le troisième album de Corto Maltese, dans l'épisode
intitulé "Têtes de champignon" figure un premier
hommage à Shakespeare avec l'expression "de la même matière
que les rêves". De même dans l'album "Les celtiques",
l'épisode intitulé "Songe d'un matin d'hiver"
fait évidemment référence à la pièce de Shakespeare
"Le songe d'une nuit d'été". Dans cette
histoire, la lutte entre les alliés et l'Allemagne se joue à deux
niveaux: celui de l'univers réel et celui du monde mythologique avec
ces références au cycle arthurien et à Merlin.
Hugo Pratt développe dans toute son oeuvre le thème de l'apparence
et de la réalité, et ceci de deux manières. D'une part,
par
l'intervention de personnages historiques dans le déroulement de la bande
dessinée et d'autre part, par l'incursion de
passages oniriques dans le déroulement de l'histoire.
1-La fonction des personnages réels:
Les personnages historiques et les personnages fictifs sont si habilement imbriqués
dans le scénario qu'il est parfois difficile de les
distinguer les uns des autres. En général, les personnages historiques
que rencontre Corto au cours de ses pérégrinations ont tous en
commun un destin extraordinaire, ainsi il rencontre Joseph Conrad, Jack London,
John Reed, Ernest Hemingway, Butch Cassidy, Sundance Kid, l'Ataman Semenoff,
le baron Ungern-sternberg, le jeune révolutionnaire russe Djougatchvili
(le futur Staline), le général turc Enver Pacha...
"Fable de Venise" ne fait pas défaut à la règle,
et y apparaissent le poète Gabrielle D'Annunzio, Louise Brooks, et l'on
y parle beaucoup de Frederik Rolfe plus connu sous le nom de Baron Corvo.
Etude des trois personnages réels
a-GABRIELE D'ANNUNZIO:
Ecrivain et poète italien il est né à Pescara er 1863 et
mourût à Gardone Riviera en 1938. Dès ses oeuvres de jeunesse,
très lyriques, il exprime déjà les traits de sa personnalité
curieuse de toutes les expériences morales et artistiques, et douées
d'une cruauté sensuelle, mi-parnassienne, mi-décadente. Dans ses
quatre livres à l'apologie éruditede l'histoire italienne se mêlent
de majestueux poèmes pleins d'un lyrisme éclatant. Il écrira
des pièces de théâtre d' inspiration tout à fait
Shakespearienne: en 1897 "Songe d'un matin de printemps" et
en 1898 "Songe d'un crépuscule d'automne". Dans ses
romans on trouve l'évocation de ses expériences dans les milieux
corrompus de l'aristocratie romaine, la description savante du vice, l'exaltation
des passions compliquées et même du crime.
L'influence de Bourget, Zola et Dostoïevski est visible dans ses oeuvres.
Il admire Nietzsche, dont il déforme le message en créant un surhomme
purement mondain. Il est un héros de la première guerre mondiale,
partisan fervent de l'intervention de l'Italie au côté de la France,
il contribue au mois de mai 1915 à vaincre les partisans de la neutralité.
Il participe aux expéditions maritimes et combat dans l'aviation. On
a pu comparer l'oeuvre de D'Annunzio à celle de Barrès : Leur
egotisme, leur nationalisme et leur dilettantisme ont quelques parentés,
mais ils s'expriment chez l'Italien avec un paroxisme verbal qui s'est vite
démodé.
b-LE BARON CORVO :
Frederick Rolfe, alias baron Corvo, est un écrivain qui sent le souffre.
Catholique, homosexuel, paranoïaque, Corvo a passé plus d'une saison
en enfer.
La vie tragique de Frederick Rolfe est fascinante: "C'est une suite
d'images tressautantes, un vieux film, avec à la fin de la dernière
bobine, un bateau qui prend l'eau, des morsures de rats, Corvo mourrant de faim,
les tourments de la chair, les ultimes feux de la fortune et de la mort. Il
n'est pas facile de chasser ses démons"( Michel Bulteau- "L'exilé
de Venise"- Editions du Rocher-1990). Ce fut une vie cruelle avec de rares
instants de bonheur.
Rolfe, rongé par la solitude, le manque d'amour et l'incompréhension,
fut vite usé. Il n'aimait pas rester inactif et occupait son temps à
photographier, peindre, écrire et voyager dans les mondes hermétiques
Vénitiens. Sa démarche ésotérique a, comme celle
de Hugo Pratt, probablement été suscitée par l'atmosphère
initiatique de Venise. Les idées l'éblouissaient et il se rendait
compte que le monde ne le suivait pas. A propos de la rage de dents qui le tenaille,
il dira: "Il faudra que quelqu'un soit rendu malheureux en compensation
de ceci " (Michel Bulteau- "L'éxilé de Venise"-
Editions du Rocher-1990). Il vivra toute sa vie dans les mythes, le choix de
son nom en est la preuve la plus saisissante car Corvo se réfère
à une multitude de symbolisations.
Andrea Corvo est l'auteur d'un traité de chiromancie en 1510, par ailleurs,
son emblème se trouva tout naturellement être le corbeau dont les
symboles sont hétérogènes: L'oiseau de mauvaise augure
de la mythologie grecque.
Dans la tradition chinoise, l'oiseau noir est un oiseau solaire. Les oiseaux
sont souvent associés à l'arbre qui représente l'axe sacré,
symbole de l'unité des états inférieurs et supérieurs.
Le corbeau est également un des sept degrés d'initiation, le premier
en l'occurence, dans le culte de Mithra. A ce degré de l'échelle
des âmes tournées vers la pleine lumière, les mithriaques
battaient des ailes et imitaient le cri du corbeau.
Pour les alchimistes, le corbeau, avec sa coloration bleu foncé ou noire,
désigne l'hiéroglyphe du Caput mortem, la putréfaction.
Le noir est la couleur des maîtres du monde souterrain, couleur de Kali
et de certaines vierges très vénérées. Le corbeau
est l'oiseau funèbre que Rimbaud a défini comme étant un
"saint du ciel".
Un extrait "Du
désir et la poursuite du tout"
"As-tu, ô très affable lecteur, jamais disséqué
un crabe? Dans lanégative, fais-le tout de suite autant que possible,
en le plongeant au préalable dans de l'eau bouillante afin qu'il y bouille
cinq minutes pleines et t'évite toute barbarie inutile. Soulève
le couvercle de sa carapace et regarde à l'intérieur. Tu constateras
qu'elle est pleine d'une substance analogue à du fromage blanc ; et une
loupe te fera voir qu'elle est retenue par un réseau de ramification
infiniment plus serré et plus fin que des toiles d'araignée. Sous
sa carapace, en effet, ton crabe est aussi mou que du beurre, et n'est qu'une
masse labyrinthine de nerfs les plus sensibles."( Baron Corvo- "Le
désir et la poursuite du tout" -Gallimard-1963)
Il y a chez Hugo Pratt, une certaine nostalgie de l'époque où
Venise abritait une importante population de crabe, qui avec l'industrialisation
de la région et la pollution de la lagune, a totalement disparu.
Le baron lisait quantité de traité de magie. Il S'intéresse
aux sociétés secrètes anglaises, participe à la
fondation d'un nouvel ordre: celui de la sanctissima sophia, qui remettait à
l'honneur les vertus du Moyen Age. Rolfe soigne sa mythologie. Comme Byron à
Venise, Corvo va se prosterner devant "les autels de la douleur et du
plaisir". La solitude lui -remplit l'esprit d'images-érotiques.
Il rôde dans le quartier juif et arpente les Zattere.-"Le désir
et la poursuite du Tout s'appelle l'amour"--(Platon, le banquet).
Le baron mourra à Venise en 1913 abandonné et halluciné.
c-LOUISE BROOKS
Elle débute à l'écran en 1925 et s'impose dans "Une
fille dans chaque port" puis tournera en Allemagne, en France et aux
Etats-Unis. Elle abandonne le cinéma en 1932. Hugo Pratt l'a rencontré
et a dit à propos de cette confrontation : "Quand j'étais
aux Etats-Unis avec une équipe de la R.A.I., j'étais allé
la voir, chez elle, à Rochester dans l'état de New York. Elle
possédait très peu de livres, mais elle avait Fable de Venise
que Crepax, qui s'est aussi inspiré d'elle pour sa Valentina, lui avait
envoyé ! " (Hugo Pratt et Dominique Petitfaux"De l'autre
côté de Corto"- Casterman- 1990).
2-L'incursion du rêve dans le récit:
L'autre manière adoptée par Hugo Pratt pour développer
le thème de l'apparence et de la réalité, est l'incursion
du rêve dans le récit. De nombreux ouvrages de Hugo Pratt, sont
empreints de cet univers onirique. Le rêve est très présent
dans Fable de Venise , mais également dans d'autres aventures de Corto
Maltese comme " Toujours un peu plus loin "," Les celtiques",
"La maison dorée de Samarkand" ou "Les helvétiques".
Les baroques ont eu une attitude ambigüe par rapport au rêve, celui-ci
étant considéré comme un lien, un dialogue avec l'au-delà.
Dans l'oeuvre de Hugo Pratt, le rêve prend plutôt le caractère
prémonitoire que les baroques lui accordaient bien souvent. Pour l'homme
baroque, le seul à connaître l'avenir étant Dieu, le rêve
devenait une communication avec ce dernier. Fable de Venise a ceci de particulier
qu'elle mélange l'univers onirique avec la réalité de la
montée du fâchisme en Italie. Mais dans cette oeuvre, le caractère
onirique ne tient pas seulement à l'incursion de passages relatifs au
rêve dans le récit. Il tient également à l'aspect
général de la fable, qui se rapproche plus d'une grande illusion
que d'une enquête à la Sherlock Holmes.
De nombreuses images représente Corto marchant, seul, dans une Venise lunaire, fantomatique, dépeuplée, vide de toute autre présence humaine que la sienne. Ce qui renforce le caractère irréel de la scène. Venise prend sous la plume de Hugo Pratt une apparence ectoplasmique, qui la conforte dans son allure labyrinthique et baroque. Il faut préciser que l'aspect flou de nombreuses vignettes renforce ce caractère onirique, bien qu'il n'est pas été désiré par l'auteur qui l'explique par le défaut de certains films. On peut considérer que l'auteur dans ce cas a été dépassé par son oeuvre.
3-Analyse du passage onirique de "Fable deVenise"-page 48 à
51:
Le passage onirique s'étale sur quatre pages, mais dure dans la réalité
du récit près de trois jours. C'est la deuxième chute de
Corto dans cette aventure, en effet au début de l'histoire, il tombe
dans une loge maçonnique. Cette première descente est le symbole
de la progression vers un monde ésotérique, un monde de recherche
de la vérité. Dans cette seconde chute, il descend dans l'univers
du rêve lequel lui apportera une certaine vérité, une partie
de la solution de son enquête. Le rapprochement est à faire avec
la mentalité baroque du rêve comme communication avec l'au-delà,
donc avec la vérité divine.
Pour l'homme baroque, l'interprétation des rêves constituait un
moyen de définir ses choix dans la vie réelle.
Le début du rêve se situe au niveau de la case (48-7), où
Corto Maltese se retrouve dans un flottement proche de l'apesanteur, avec pour
arrière plan une zone de flou qui rappelle les reflets de l'eau, donc
Venise, ville de reflets, posée sur la mer qui, elle aussi, est un puissant
élément baroque. Dans les vignettes (48-8) et (48-9), les reflets
d'eau se précisent, et se changent en caractères Koufiques.
Au niveau de la case (48-9), Corto se retrouve au milieu des symboles, au milieu
de l'écriture, dans une structure totalement baroque puisqu'il élucide
les symboles de l'intérieur, en les vivant. Les trois premières
vignettes de la page 50, sont
caractéristiques de ce vécu des symboles. Corto se retouve dans
les caractères koufiques qui signifient "Sirat al bunduqiyyah",
et se dit en lui même "J'ai déjà lu cette phrase
... Mais je ne sais plus où.". Le lecteur sait pertinement qu'il
s'agit du titre de cette aventure, mais cette intervention dans le texte renforce
le caractère illusoire et onirique du passage en se situant à
deux niveaux: celui du personnage principal et celui du lecteur. Corto évolue
dans l'univers du rêve, univers baroque par excellence, avec ses changements
continus, sans sens apparent. Dans la vignette (49-4), il est face à
la main de Fatima avec les symboles des gardes noirs sarrazins, mais également
avec le sceau de Salomon, qui aura son importance par la suite dans le récit.
Il faut donc relever le caractère prémonitoire du rêve ,
comme c'est souvent le cas dans l'oeuvre de Hugo Pratt.La case (49-5) constitue
encore un changement brutal, caractéristique du rêve. Corto aperçoit
à ses pieds une lampe d'Aladin dont la forme selon ses propos est semblable
aux bouteilles de laits de la centrale venitienne, avec en prime un cachet du
lion de saint-Marc avec l'évangile, signe de danger imminent. La case
(49-8) marque encore la rupture, car le lecteur ne sait toujours pas si l'on
est dans le domaine du rêve ou dans une autre dimension. Le génie
de la lampe apparaît. Ce personnage prend les traits de Raspoutine, le
compagnon de nombreuses aventures de Corto Maltese. En fait dans ce rêve
de Corto, il s'agit de Saud Khalula. Dans une logique toute particulière
au rêve, le visage de Raspoutine se fond dans celui, inconnu pour Corto,
de Saud Khalula, car les deux hommes se ressemblent, non pas physiquement mais
assurément par leurcaractère. En effet, Raspoutine a une personnalité
d'aventurier qui s'oppose à celle de Corto. Corto donne de lui une bonne
définition :"Personne ne sait mieux que lui détruire tout
ce qui risquerait de prendre une tournure sentimentale" . Raspoutine
est réaliste, mauvais, dangeureux, violent, cruel. Il aime Corto et va
jusqu'à tuer pour que Corto ne le soit pas. Il est le contrepoids aux
effusions et sensibilisations romantiques de Corto par sa vision réaliste,
pessimiste et absolument sans concession de l'humanité. Il ne veut aimer
personne. Raspoutine fait penser à l'aventurier russe, favori et sorcier
de la famille Romanov. D'ailleurs Hugo Pratt ne s'en cache pas et il précise:"
Même son apparence physique en est inspiré. Mais ce n'est pas
le même. Le vrai Raspoutine ne s'appelait pas comme ça. C'était
un surnom. En russe Raspoutnyi" veut dire "débauché".
Il est extrêmement intéressant de relever que Khalula est une déformation
mot arabe Khalil qui désigne le débauché, c'est à
dire celui qui fait ce que la morale réprouve, le pédéraste.
Khalula pourrait, également, en être le féminin, c'est-à-dire
une débauchée.
On peut de penser que les similarités de caractères et de noms
entre Khalula et Raspoutine donne cette forme à ce rêve. La discussion
onirique qui s'ensuit est très caractéristique de l'ensemble baroque
de l'ouvrage. La conversation entre les deux personnages s'engage sur les liens
de parenté entre Corto et Simbad le Marin, donc par une référence
aux mille et une nuits et à la mythologie arabe. Corto refuse de croire
au rêve et continue de l'appeler Raspoutine.
De la vignette (50-3) à (50-8), Saud Khalula expose la solution de l'énigme
à Corto comme elle l'a été par Stevani à Faliero.
La
solution de cette enquête à la Sherlock Holmes va être fournie
de manière onirique ce qui est un procédé tout à
fait baroque. Le rêve adopte ici un caractère prémonitoire,
car Corto n'est pas au courant de la discussion qui a eu lieu entre Stevani
et Faliero,
et Melchisédech s'est arreté dans son récit au vol de l'émeraude
par les vénitiens.
Le rêve est alors le moyen de communication avec l'au-delà, donc
avec l'inconnu et par conséquent avec la vérité.
Dans la vignette (50-11), la réponse de Khalula à Corto : "Crois-tu
que j'ai toujours envie de dessiner," est encore une rupture baroque avec
la logique rationnelle.
De la vignette (5 1 - 1) à (5 1-6), la discussion se poursuit entre les
tentatives de rationnalisation de Corto et les délires et colères
de Saud Khalula: plus le premier se rattache à la réalité,
plus le second s'engage dans le sens de la passion et du délire.
Les cases (51-7) et (51-8) renforcent le caractère onirique, avec les
gardes noirs qui chevauchent les deux vignettes, tout en donnant une impression
de flottement dans leur progression vers le marin.
La case (51-9) est encore caractéristique d'un amalgame baroque de la
part de l'arabe, entre byzantin corrompu et vénitien intrigant, en réponse
à la continuelle rationnalité de Corto qui ne se rend compte seulement
dans les vignettes suivantes qu'il se trouve au beau milieu d'un rêve.
Les trois dernières cases de la page 5 1 sont symptomatiques de la forte
influence baroque de Hugo Pratt, et surtout de la seconde métaphore du
mouvement baroque. En effet, la vie est un songe et son implication est qu'il
faut vivre la vie comme si nous étions dans un rêve, constituent
la logique du raisonnement final de Corto: "Mais ... il n'y a qu'une
façon d'en sortir ... voilà ... je me réveille et je laisse
ce rêve fou... Adieu Khalula!!!". Ce procédé tout
à fait baroque est le dénouement du passage onirique de cette
bande dessinée
Le rêve occupe une place d'importance dans l'univers de Hugo Pratt. La
relation qui existe entre le rêve et Hugo Pratt n'a rien de cartésien
et épouse davantage certains traits de la pensée baroque. Hugo
Pratt dira d'ailleurs :"Corto n'est pas né de moi. je suis sûr
que c'est un phénomène d'autocombustion. Il vit. D'ailleurs je
ne sais pas si c'est moi qui le rêve ou l'inverse." Il dira aussi
toujours dans une perspective baroque : "Nous pourrions aussi, Corto
et moi, être le produit de l'imagination fantastique du lecteur, ou alors
l'ectoplasme d'un personnage de BD... Et quelqu'un peut avoir inventé
le lecteur ... Ou est le rêve, ou est la réalité? "(
Hugo Pratt et Dominique Petitfaux- "De l'autre côté de Corto
"-Casterman-1990).
Cette composition en succession de niveaux est bien caractéristique d'une tournure d'esprit baroque.
B- LE MONDE EST UN THEATRE
Shakespeare : "All the world's a stage, and all the men and women merely
players"
1- Les parallèles entre la bande dessinée et le théâtre:
Il est tout a fait possible de faire un certain nombre d'analogies entre la
bande dessinée et le théâtre. Les différences résident
dans l'absence de mouvement, de parole pour la bande dessinée, et la
distance entre le spectateur et l'action qui en bande dessinée peut varier
selon le désir de l'auteur, contrairement au théâtre où
celle-ci est fixe. Hormis ces détails, il est envisageable de penser
que la bande dessinée n'est pas sans rapport avec le théâtre.
La structure d'une bande dessinée en elle même peut être
considérée comme relevant d'un certain esprit baroque. Cette succession
d'images avec ces continuels changements de perspective, le déplacement
constant des protagonistes les uns par rapport aux autres, et l'instabilité
permanente du lecteur vis-à-vis de l'action, font de la bande dessinée
un support idéal à la mise en scène d'une structure baroque.
2- "Fable de Venise" et "L'illusion comique"
de Corneille:
Fable de Venise n'est pas autre chose qu'une pièce de théâtre.
Les pages finales sont très proches de "L'illusion comique"
de Corneille et adoptent une tournure extrêmement baroque. Le lecteur
prend conscience que l'histoire n' est qu' une pièce de théâtre,
puisqu' à la fin les personnages viennent saluer les lecteurs, à
l'instar des acteurs de théâtre qui saluent les spectateurs dans
Shakespeare. Dans "L'illusion comique" de Pierre Corneille,
il s'agissait de mettre en oeuvre la formule du "théâtre
dans le théâtre" et la comédie devenait la comédie
des comédiens , où le théatre se donne lui même en
spectacle. Dans "Fable de Venise" , il s'agit du théâtre
dans la bande dessinée que met en oeuvre Hugo Pratt. La différence
entre ces deux auteurs réside dans le fait que Corneille met sur scène
les trois agents principaux du spectacle théâtral : l'auteur dramatique,
les comédiens et les spectateurs eux-mêmes, alors que Hugo Pratt
lui, à première vue, ne met pas en scène le public. Dans
"Fable de Venise", on retouve l'auteur, c'est-à-dire
Hugo Pratt sous les traits de Corto Maltese, les comédiens sous la forme
des personnages, on ne retrouve pas immédiatement le personnage de Primadant,
c'est-à-dire le spectateur. Mais une analyse plus poussée, permettrait
malgré tout de trouver dans cette bande dessinée ce troisième
niveau de la métaphore théâtrale. En effet, si l'on considère
un certain nombre de vignettes qui se caractérisent par une vision plongeante
sur l'action, elles sont souvent correspondantes à des plans de vue qui
seraient effectués depuis des toitures . La case (241) en est l'exemple
le plus significatif. Sur cette case, le lecteur remarque la présence
d'un chat posté sur le toit et observant la scène qui se déroule
en contrebas dans la cour. De cette observation, il est possible de penser que
ce choix dans la perspective par rapport
à l'action n'est pas innocent de la part de l'auteur, et que ce dernier
suggère au lecteur que les chats vénitiens sont les spectateurs
privilégiés de cette représentation. Si l' on accepte cette
interprétation, la fable atteint les trois niveaux de la métaphore
de la théatrâlité, et la mise en scène du spectateur
qui dans "L'illusion comique" est symbolisée par le
personnage de Primadant, l'est ici par la population féline de la cité
lacustre. L'histoire n'est peut-être qu'une représentation, mais
le doute subsiste avec la présence dans la poche de Corto de la "clavicule
de Salomon". La référence et l'hommage à Shakespeare,
prennent la même forme que dans Tête de champignons avec la reprise
de la célèbre tirade "la même matière que les
rêves". Le lecteur est perplexe face à cet fin ambigüe,
il ne peut sortir du domaine de l'illusion.
3- Analyse du passage qui fait référence à la théatralité
du monde
La case (73-8) constitue le déclenchement du procédé de
renversement de situation, qui consiste à présenter le monde comme
une pièce de théâtre et plus particulièrement le
récit qui vient de se développer sous les yeux du lecteur. Dans
la réalité du récit, Corto se retrouve face à l'escalier
des rencontres dans la nuit du 24 avril, et le docteur Téone vient de
donner un bon nombre d'explications rationnelles à certaines questions
qui se sont posées à Corto, et au lecteur au cours de cette fable.
La présence du cercle néoplatonicien s'en touve expliqué,
ainsi que l'engouement d'un bon nombre de personnage pour la recherche de cette
clavicule de Salomon. Une "clavicule" est un ouvrage occulte,
qui prétend ouvrir les portes de la magie. Une des plus célèbres
clavicules est précisément attribuée au roi Salomon. Son
existence est attestée depuis le Moyen Age, depuis l'époque des
templiers.
La
case (73-8) montre au lecteur un Corto un eu différent, puisqu' à
ce moment précis le lecteur prend conscience de la théatrâlité
de la fable. Il dit:"Appelons les protagonistes" et, immédiatement
la fable prend la forme d' une pièce de théâtre aux yeux
du spectateur , toutes les incompréhensions dont il a été
victime durant ces quelques cinquantes pages prennent enfin un sens, en se situant
dans le cadre d'une pièce jouée.
La case (73-9) est significative, puisque le premier à apparaitre de tous les figurants est Bepi Faliero que le lecteur tenait pour mort. Le mort étant vivant, il s'agit bel et bien d'une comédie. Faliero se présente dans la case en haut du fameux escalier des rencontres, escalier qui est le symbole, dans le sens descendant, de la descente vers le monde ésotérique, contrairement à l'ascension de celui-ci qui est symbole de la montée vers l'univers éxotérique. Les suivants à apparaître sont les fascistes, à savoir, Stevani, Boselli, et d'Annunzio. La bulle de Corto dans la vignette (73-12), renforce la situation de Venise comme ville baroque, "il n'y a qu'à Venise que de telles choses arrivent..", car le lecteur se repose le problème de la dimension de la fable: Pièce de théâtre ou illusion ? Les personnages de l'histoire arrivent par petit groupe. Téone, Louise Brooks, et Petit pied d'argent, les plus sages, les plus doux, puis les fous, Khalula, Boeke et Shülzt, ensuite les uniformes, maçons et carabiniers, et pour finir Hipazia.
La case (74-8) et la suivante sont le dénouement de la fable. Corto remercie
le lecteur de l'avoir suivi dans cette extravagance qui n'est autre chose qu'une
pièce de théâtre.
La vignette (74-9) est l'image exacte drune scène de théâtre,
où les comédiens saluent les spectateurs, tous les personnages
de
l'histoire sont présents. C'est également l'explication rationnelle
a la si faible présence humaine dans les rues de Venise, tout au long
de ce récit. Cette absence renforçait le caractère onirique
mais il s'explique à ce niveau de l'histoire par la réalité
qui n'est autre que la pièce de théâtre.
Mais Hugo Pratt, fervent adepte du retournement de situation ne s'arrête
pas là, car la case (74-11) marque le début d'un
nouveau plongeon dans le domaine de l'irrationnel. En effet, en fouillant sa
poche il trouve la clavicule de Salomon, et se dit "incroyable : ce ne
peut être qu'un rêve..."et le lecteur bascule à nouveau
dans la première métaphore, celle du rêve et de
l'explication onirique de la fable et de la vie en générale.
La case (76-6) fait à nouveau référence à Venise,
ville où survient des choses incroyables.
La case suivante (76-7), se réfère un nouvelle fois à l'oeuvre
de Shakespeare, comme dans Tête de champignon avec la même phrase
"de la même matière que les songes". Corto monte
alors l'escalier des rencontres, vers la connaissance exotérique, pour
frapper à une porte à laquelle il demande de passer dans une autre
histoire. Cette irréalité est significative du rêve, où
il se passe des choses incroyables, les changements constants et où rien
n'est jamais sûr, base de développement d'un esprit baroque. Il
passe dans l'histoire "La maison dorée de Samarkand"
qui débute à Venise et qui aura également pour sujet la
recherche d'un trésor. Corto n'est pas l'objet d'une téléportation
irréelle vers une autre histoire, il ne quitte pas Venise par l'intermédiaire
de cette porte. En fait il est sorti de l'univers du rêve.
4-Commentaires sur la faiblesse des textes narratifs
Il faut noter dans toute la fable, le très faible nombre de textes narratifs,
qui sont des indications, des descriptions ou des commentaires de l'auteur.
Ce procédé n'est pas sans rappeler celui de la voix-off dans la
production cinématographique. Ces textes narratifs sont au nombre de
quatre. Le premier est dans la première case de la première page,
le second à la page 56, le troisième à la page 71 et le
dernier dans la dernière case de la bande dessinée. La dominance
du dialogue sur la narration est caractéristique de la théatrâlité
de cette histoire. Le théâtre n'a pas besoin de description dans
la mesure où ces indications sont données au spectateur par la
vision directe des décors et des comédiens. Visiblement pour Hugo
Pratt, le procédé est le même, contrairement à d'autres
auteurs de bande dessinée qui utilisen énonnement de textes narratifs.
L'oeuvre de Hugo Pratt revêt dans sa globalité cet aspect de pièce
de théâtre du fait de la faible présence de ces textes.
Il dit à ce propos à Dominique Petitfaux : "Disons que
je suis un auteur, un auteur de littérature dessinée. Et dans
l'intrigue j'aime beaucoup les dialogues. Les dialogues ne sont pas des dialogues
caractéristiques de la bande dessinée, on pourrait aussi les rencontrer
dans un roman. Beaucoup de choses dans mes histoires, y compris mes dessins,
existent en fonction des dialogues : à la base, je suis peut-être
un dialoguiste, et donc plutôt un écrivain, un écrivain
qui remplace les descriptions de l'expression des visages, des poses, de l'environnement
par des dessins. Et mon dessin cherche à être une écriture.
je dessine mon écriture et j'écris mes dessins!" (HugoPratt
et Dominique Petitfaux- "De l'autre côté de Corto"Castennan-
1990).
5-Venise, la capitale du théâtre:
L'enfance vénitienne de Hugo Pratt et l'amour qu'il porte à sa
ville sont peut-être à l'origine des allures théatrâle
de son oeuvre. Le théâtre baroque était un monde de machines
et se définissait comme l'art de créer des illusions. Tout ce
qui y avait trait était employé à cet effet, décors,
costumes, chanteurs, musiciens, mouvements ... Or Venise au XVIIème siècle,
connut un climat particulièrement propice aux fêtes, à la
musique et au théâtre. Tapié décrit Venise à
cette époque de la façon suivante: "Dans les nombreux
théâtres de Venise, les pièces à machines, les opéras
d'un genre nouveau (le drame en musique), les progrès de la musique instrumentale
nécessitaient les services d'un personnel nombreux de tout ordre. Les
peintres de décors, les "machinistes", qui étaient en
réalité des ingénieurs habiles à construire et à
faire jouer des appareils compliqués, précis comme des rouages
d'horlogerie et qui, transformant la scène sous les yeux des spectateurs,
multipliaient les effets de surprise et d'illusion, les chanteurs aux voix merveilleuses
et rares, femmes, enfants, castrats, les musiciens jouant sur des instruments
d'une qualité parfaite, les luthiers qui les avaient préparés,
eux-mêmes des artistes plus que des artisans, et les plus humbles ouvriers,
associés à la présentation de ces spectacles qui atteignaient
une habileté technique et une finesse de goût sans égales,
tous ont contribué à faire alors de la civilisation une expérience
de choix et d'art, sans laquelle les fêtes de cours dans l'Europe du XVIIème
siècle, en Italie, en France, en Espagne, en Autriche, n'auraient jamais
eu autant de charme et d'éclat." (V.L. Tapié- "Le
baroque" -QSJ n'924- PUF).
Lorsque l'on a la chance de grandir dans une ville au passé aussi puissant
que l'est celui ce cette cité, il parait impossible de ne pas être
largement influencé par celui-ci. L'aspect très artistique de
Venise n'est pas la seule influence de Hugo Pratt, le côté ésotérique
de cette ville maritime est sûrement pour une part importante dans l'intérêt
que porte cet auteur aux sociétés secrètes et aux mystères
initiatiques.